Militer pour la longue traîne
La longue traîne (voir la définition de wikipédia) est un phénomène qui ne plait pas aux tenants du capitalisme pyramidal, le seul capitalisme possible à mon sens.
Que des petits producteurs puissent survivre, que par leur nombre ils surpassent en revenus les gros industriels, est une espèce de crime de lèse-majesté.
Chris Anderson, le découvreur de la longue traîne, ne l’a toutefois jamais interprétée politiquement. Il s’est attaché à voir comment elle se développait à l’intérieur même des catalogues des grands services tel qu’Amazon. Il a vu en elle une opportunité de business alors que j’y vois une possibilité révolutionnaire.
Une étude réalisée par Will Page, économiste à la MCPS-PRS Alliance, semble contredire la théorie d’Anderson. Sur 13 millions de morceaux de musique disponibles en ligne, 52 000 auraient réalisé 80 % des ventes et 10 millions n’auraient jamais été achetés. Anderson a discuté de cette étude sur son blog à deux reprises.
L’étude de Page n’a pas beaucoup de sens. La longue traîne n’apparait que dans les services qui proposent des outils de filtrage sophistiqués. C’est la technologie qui engendre la longue traîne. Étudier l’ensemble d’un marché n’a pas beaucoup d’intérêt. Ce qui compte c’est que certains distributeurs soient capables de créer le phénomène parce qu’ils maîtrisent la technologie.
Mais la longue traîne qui m’intéresse est encore différente. Pour moi, tous les morceaux de musiques comptent, ceux vendus sur iTune comme ceux distribués gratuitement sur MySpace. L’argent généré n’a pas beaucoup d’importance. Je suis sûr que si on traçait la courbe de qui a écouté quoi en une année, on aurait une longue traîne. L’important c’est que des artistes inconnus arrivent à toucher un public, aussi minime soit-il. La monétisation est un autre problème.
Aujourd’hui la longue traîne est observée chez certains vendeurs en ligne, vendeurs qui obéissent au modèle capitaliste (toujours plus gros, croissance, rachat des concurrents…). Demain, si nous réussissons à développer les plateformes ouvertes, comme nous l’avons fait avec les blogs dans le domaine médiatique, nous verront cette longue traîne s’extraire des plateformes qui l’ont initialement créée. J’espère qu’il pourra exister une longue traîne du livre sans passer par Amazon.
Et comme un pied de nez à l’étude de Will Page, Anderson note que le MP3 le plus vendu en 2008 était aussi disponible gratuitement ! Les fans payent pour dire qu’ils aimaient comme ils l’avaient fait fin 2007 avec In Raimbows de Radiohead. N’est-ce pas le signe que nous inventons un nouveau modèle de civilisation ?
Notes
Source : Le blog de Thierry Crouzet
Thém@tiques :
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