Européennes : le casse-tête de la « case de tête »

Les élections européennes, prévues le 7 juin prochain, à moins que la révolution internationaliste ne vienne interrompre le processus, devraient faire la preuve par huit (grandes régions), que la démocratie ne sort guère fortifiée du scrutin proportionnel surtout quand les listes sont bloquées.

Nous aurons l’occasion de revenir, ultérieurement, sur la nécessité du boycott des élections européennes. Nous nous référerons aux propos tenus par certains candidats « case de tête », ou si vous préférez « tête de liste » qui ont vilipendé, avec force arguments, et pendant des années, le rôle fantomatique du Parlement européen et le système opaque et totalitaire organisé autour de la régalienne Commission européenne.

Ces candidats, ardents défenseurs du NON au Traité constitutionnel européen, sont aujourd’hui, les chantres durs des idéologies les plus archaïques de la gauche radicale. Ils courent à la soupe européenne aussi vite que le leur permet la décence.

Avant de faire justice à leurs nouveaux penchants, j’aimerais, chers lecteurs, vous intéresser à la forme électorale choisie pour les élections européennes : le scrutin proportionnel à un tour, listes bloquées et seuil de représentativité fixé à 5%.

La forme électorale n’est jamais innocente, jamais choisie au hasard. Elle légitime les moyens techniques mis en action pour introduire les idées dominantes. Voter c’est se soumettre à une règle du jeu imposée.

Dans notre société de travestissement, les idées sont empaquetées dans des emballages luxueux et attirants. On ne les reconnaît qu’une fois déshabillées. Il est rare de rencontrer une idée débraillée se promenant, sans son code-barre, tant la pensée unique, pro-capitaliste, a pénétré les esprits même les plus éclairés. En économie, l’allégeance des universitaires à l’autorité de la chose chiffrée en est un exemple frappant. Dès que le chiffre paraît, il a force de loi, même s’il ne décrit rien que lui-même.

A priori, le scrutin proportionnel offre des garanties de meilleure représentativité des opinions. Même si l’idéal serait une proportionnelle intégrale, la forme choisie pour ces élections européennes, peut séduire le démocrate pointilleux d’autant plus que le seuil de représentativité, fixé à 5%, autorise les petites formations politiques à un certain optimisme.

Malheureusement, il faut tempérer cet enthousiasme citoyen car le scrutin choisi, ici, se fera sur listes bloquées avec une case de tête (une tête de liste), désignée par les partis politiques. Ce système implique que les candidats sont élus dans l’ordre d’apparition dans la liste. On comprend mieux l’importance des choix stratégiques effectués par les grandes formations politiques. En définitive, le scrutin à la proportionnelle n’est, réellement, efficace que dans le cas des votes préférentiels sinon il organise et légitime le totalitarisme des partis politiques.

Le vote préférentiel permet aux électeurs de donner leur avis sur les candidats de la liste, choisir leur ordre de préférence, panacher etc. Les électeurs ne votent pas que pour une liste mais pour des personnes, une ou plusieurs. La représentation, issue du vote des citoyens, est souvent plus audacieuse que celle des partis. En Belgique où la proportionnelle à vote préférentiel est la norme pour les élections municipales, les élus appartenant à la « minorité visible » sont bien plus nombreux qu’en France où les partis peinent à renouveler leur personnel politique.

Donner aux électeurs le droit de remplir les cases de têtes et de remettre de l’ordre dans les listes empêcherait les potentats locaux de cumuler les mandats. L’aventure vécue par Martine Aubry, dans la région Centre, en est un exemple fameux. Le président de conseil régional voulait être tête de liste de la région Massif-central-Centre, mais la direction du PS a désigné un proche de Fabius, le parachuté est en position délicate. Il bénéficiera, sans doute, d’une prime de non-cumulard, mais il part avec un handicap certain dans trois départements au moins.

De surcroît, le principe de la liste bloquée confère à la case de tête un prestige et une prédominance qui ne cadre guère avec les exigences de la démocratie. Il ne sert à rien de se plaindre de l’omniprésence de quelques têtes d’affiche si le scrutin accentue cette dérive. Le NPA a introduit, dans ses nouveaux statuts, le principe d’une plate-forme de porte-parole interchangeables pour éviter la professionnalisation de l’engagement politique mais le principe de la case de tête, lui, n’est pas résolu.

On assiste même à des contorsions antidémocratiques dans certains partis (le PG par exemple) pour désigner des candidats chargés de faire de la figuration. Dans ces cas, le parti choisit, bien sûr, les personnalités les plus fades et surtout les plus obéissantes.

Si, après ça, vous avez encore envie de voter, pour ces élections, je vous donne rendez-vous, la semaine prochaine, pour étudier, les conséquences d’une participation active à cette mascarade tristement risible.

Source : Netoyens !…

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Une ré@ction

  1. PatlaReBelle dit:

    Bonsoir,
    Voter ou ne pas voter, telle est la question…
    Le droit européen primant sur les droits nationaux, le parlement européen ayant de plus en plus de pouvoir, il me paraît dangereux de prôner l’abstention.
    Près de 80 % des lois votées aujourd’hui à l’Assemblée Nationale (et au Sénat) sont des transcriptions juridiques des directives votées au sein du Parlement européen. Ainsi les décisions des représentants pour qui nous aurons voté auront des conséquences directes sur notre vie quotidienne.
    Oui le système de la liste bloquée n’est pas le plus favorable à la démocratie. Mais pour que la démocratie continue à vivre, il est nécessaire que le peuple s’occupe des affaires de la cité, même si celles-ci dépassent la vie de son quartier.
    Le discours dominant incite déjà à penser que des élites sont là pour diriger et décider à notre place et que nous n’avons aucun pouvoir en tant que citoyen-ne. 
     Or, un grand nombre de une seule personne peut beaucoup pour faire bouger. Alors d’accord se contenter de mettre un bulletin dans l’urne n’est pas suffisant et même dangereux pour celles et ceux qui basent leur choix sur l’écoute des discours plutôt que sur la lecture des programmes .
    Mais ne pas voter, c’est se priver d’un droit. Notamment celui de donner du poids à des listes et de faire rentrer au Parlement européen des député-e-s qui pourront s’opposer à ce que tout continue comme si nous n’avions pas voté massivement NON à cette Europe là.
    Même si nous ne semblons pas converger sur le fait de voter ou non, merci pour cet article très instructif.
    Bien cordialement.

Ré@gir