De la cassette audio à Hadopi, trente ans d’anti-piratage
Cette fois, c’est la bonne : l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi Hadopi, et le Sénat devrait faire de même. Mais comme le montre cette plongée dans les archives de l’INA, le débat n’a pas beaucoup évolué en trente ans. Retour sur les méfaits de la cassette audio et du magnétoscope, les menaces de Jack Lang et ces réseaux sur lesquels télécharger une chanson prenait un quart d’heure.
Les dangers du magnétophone
En 1980, on s’inquiète déjà de la baisse des ventes de 45 et 33 tours. La coupable, c’est évidemment la cassette audio. Et le giscardien Jean-Philippe Lecat est peut-être le premier ministre de la Culture à utiliser le terme de « piratage ».
Mais ce lointain prédécesseur de Christine Albanel n’explique pas seulement la baisse des ventes par les méfaits du magnétophone. Il s’inquiète de « la vitalité de la création et de la créativité ». Sa solution : pas une loi, mais un festival destiné à promouvoir la chanson française.
Jack Lang et les gendarmes veillent
En 1984, un nouvel ennemi apparaît : le magnétoscope. La présentatrice de Soir 3 s’inquiète : « L’apparition du formidable marché des cassettes vidéo n’a pas manqué d’attirer les aigrefins. » Heureusement, les gendarmes veillent.
Ils interpellent une bande qui revendait ses cassettes pirates sous le manteau, mais aussi dans les rayons de vidéo-clubs peu scrupuleux. Ces pirates proposaient même des films pas encore sortis en salles, note le reportage (en citant « Sueurs froides » de Hitchcock… sorti en 1958).
Le ministre de la Culture, Jack Lang, promet « une action déterminée et impitoyable contre les pirates ». Et 25 ans plus tard, il sera le seul député socialiste à voter pour le projet de loi Hadopi.
13 minutes seulement pour télécharger une chanson
En 1999, le piratage passe à la vitesse supérieure. En l’occurence, 13 minutes pour télécharger une chanson de Francis Cabrel, « qualité CD, gratuit, juste le téléphone à payer », comme s’en félicite Nicolas. France 2 a pris soin de flouter le visage de ce délinquant.
Une fois la chanson téléchargée, il n’y a plus qu’à la graver sur un CD (eh non, pas encore d’iPod). Nicolas joue même la provocation : « Avant, j’allais à la Fnac avec un portefeuille plein de billets. Maintenant, j’y vais avec un papier et un crayon pour noter les titres parce que je m’y perds un peu avec tout ce qui sort en ce moment et ça m’aide un peu pour mon téléchargement. »
Une première loi inappliquée
Janvier 2005. Cette fois-ci, le visage du pirate n’est plus flouté. Le lycéen Quentin Renaudo, de l’association Les Audionotes, vient défendre la cause du téléchargement et de la licence globale dans les allées du Midem, le salon de l’industrie musicale. Il engage un dialogue de sourds avec Pascal Nègre, le PDG d’Universal, et dénonce les « milices privées » qui traquent les internautes.
Le ministre de la Culture, lui, promet au lycéen d’oeuvrer pour développer l’offre légale de musique et de films en ligne. Mais Renaud Donnedieu de Vabres travaille surtout à une grande loi qui devra régler le problème du piratage, la loi DADVSI.
Le ministre promet de tout faire pour augmenter l’offre légale de musique et de films, insuffisante. Il prépare surtout une grande loi devant régler le problème du téléchargement illégal, la loi DADVSI. Le texte divisera la majorité à l’Assemblée nationale et, une fois voté, ne sera jamais vraiment appliqué. Aujourd’hui, les adversaires de la loi Hadopi prédisent le même sort au texte de Christine Albanel. Et les interrogations des années 80 restent entières.
Source : Eco 89 De la cassette audio à Hadopi, trente ans d’anti-piratage
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13 mai, 2009 à 20 h 18 min
1- D’un côté, nous avons une industrie culturelle
déclinante n’assumant pas le proxénétisme économique et la pandémie
infantilisante qu’elle exerce sous le regard de son débiteur. Celui-ci est à la
fois une fondation philanthrope de gestion nationale et une entreprise
d’import/export.
2- De l’autre côté, nous avons une infinité de niches
de population n’ayant rien à voir les unes avec les autres, mais faisant front
par principe de précaution. Nous prouvant par la même occasion à quel niveau de
léthargie se trouvent nos sociétés occidentales pour qu’un luxe devienne une
lutte nécessaire.
3- Au centre, se trouve le gros du troupeau qui n’a
pas d’avis et fait preuve d’intelligence situationniste ou d’indifférence
banale sur ce combat qui est à la fois d’avant-garde et d’arrière-cour.
4- Dans toutes les batailles, il y a des pertes
acceptables. Mais comme nous ne prenons plus plaisir à nous salir les mains
avec une de ces barbaries ancestrales, les invectives servent de nos jours de
courroux médiatique ou de Hit Combo virtuel pour le bonheur des voyeurs
générationnels et des lâches éternels.
5- Quand on pratique l’affrontement constant ou la
paix commémorative pour occuper son temps, c’est que l’on est plus en
mouvement. Alors la guerre civile des flux a-t-elle un sens ?
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http://souklaye.wordpress.com/2009/03/13/creation-internet-et-insultes-gratuites/